DRAWING NOW 2026 - Programme CURARE
- il y a 20 heures
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Drawing Now c'est une foire d'art contemporain mais c'est aussi un espace d'échanges, de réflexion, de partage. Pour notre 1ère participation à cet évènement majeur, nous sommes très heureux d'avoir été sélectionnés pour nous exprimer au sein du programme CURARE, à travers deux duos d'artistes que la galerie a présentés.
Le programme CURARE, mené en partenariat avec le C-E-A (Association française des commissaires d’exposition), a invité Domitille Bertrand à porter son regard sur le secteur Inception, où exposait 12 La galerie. Elle y interroge les formes contemporaines du dessin, en explorant la manière dont celui-ci se déploie aujourd’hui au-delà de ses supports traditionnels.
Nourri de réflexions et d’échanges avec les artistes et leurs galeries, ce programme se décline en plusieurs formats : une série de questions-réponses avec une sélection d’artistes, un texte d’analyse de chaque secteur, ainsi que deux talks avec des artistes de chaque secteur.
Pour cette édition 2026, Domitille Bertrand a choisi d'interroger La Troisième Main et de sélectionner le duo Kid Kréol & Boogie pour un talk animé par Joana Neves, directrice artistique de la foire.

Interviews d'artistes par Domitille Bertrand
La Troisième Main
Sur Drawing Now, vous exposerez avec 12 la Galerie, pouvez-vous en dire davantage sur les œuvres qui seront exposées sur le salon et donner des éléments de repères pour situer ce qui a pu motiver ces sélections en particulier ?
Nous faisons en sorte nous challenger sur des choses que nous n’avons pas l’habitude de réaliser pour chacun des contextes d’exposition auxquels nous sommes invités, non par seul souci du défi mais aussi pour coller au mieux à la problématique de l’événement. Cette fois-ci, nous avons décidé de mettre en lumière la phase généralement cachée du dessin préalable à la peinture. Car en effet depuis maintenant plusieurs années nous menons un apprentissage en peinture traditionnelle - les icônes byzantines pour Vassili et les miniatures persanes pour Briana - qui nous mène chacun respectivement à redéfinir les modes de représentations et la portée symbolique des images que nous créons. Pour Drawing Now, nous avons choisi de réinterpréter le mythe de Sisyphe et son châtiment dicté par les dieux, consistant à pousser une pierre en haut d’une montagne, qui, atteignant le piton de celle-ci, retomberait en bas éternellement. Ce qui nous plait ici c’est la part psychologique de ce mythe où Sisyphe finit par trouver une vertu à ce châtiment qui devient alors pour lui la condition de révélation de la Voie vers la libération, une forme de sublimation. La part symbolique a aussi été déterminante car à la Réunion, comme dans beaucoup d’endroits dans le monde, la montagne, est une entité vivante, écho lointain des cultes animistes dont nous sommes tous les enfants. Dans « Piton Sizif », le nom et l’esthétique rendent compte d’un métissage en constante évolution où l’homme et la montagne s’unissent dans une langue dont la beauté réside dans l’inachevé.
Dessin mais pas seulement. Quelle est votre pratique artistique et comment s'inscrit-elle dans une trajectoire d'œuvres personnelles en évolution ?
La première chose à indiquer est que nous sommes un duo d’artistes qui s’est rencontré aux Beaux-Arts de la Réunion il y a 20 ans. Chacun de nous arrivait alors avec un bagage de dessin personnel, notre pratique de base, qui a été nourrie et parfois contredite pendant nos années d’apprentissage. À la création de La Troisième Main en 2013, notre atelier commun, le dessin est apparu comme le ciment et le point de départ de l’ensemble de nos projets, c’est comme un script à chaque fois renouvelé, qui annonce l’architecture de l’œuvre à venir.
Vous placez le médium du dessin où on ne l'attend pas, la superposition des éléments y construit un espace de formes et sens, en soi. Pourriez-vous en dire davantage sur ce qui est en jeu dans votre pratique du dessin ?
Nous pourrions répondre individuellement car nos approches diffèrent, tandis que Vassili entretient avec le dessin un rapport figuratif, où la représentation et le souci d’une narration est au centre de son attention, Briana, elle, aborde le dessin par une voie plutôt abstraite où le sujet n’est qu’un prétexte à une composition souvent intuitive. Cependant, dans nos travaux communs, les deux approches s’entremêlent, créant ainsi l’alliance entre ces polarités : le figuratif/l’abstrait, le prévu/l’intuitif, le sujet/le motif, mais allons plus loin jusqu’aux influences serbes au nord pour Vassili et les origines malgaches de Briana au sud, le masculin et le féminin.
Comment le dessin résonne-t-il dans votre travail en général, que vous permet-il de faire, par rapport à d'autres médiums?
On pourrait dire que le dessin c’est le squelette et le médium premier, comme un langage aussi qui permet de se comprendre avec une tierce personne. Car nous sommes aussi tatoueurs et réalisons des fresques pour des commanditaires, dans ce type de relations professionnelles, le dessin est comme une interface qui défriche l’ensemble des idées que nos clients nous apporte pour leur corps dans le tatouage ou leurs lieux pour les fresques, et le dessin est la phase intermédiaire qui aide à façonner l’image qui est recherchée. Ce n’est qu’à la validation des esquisses que nous pouvons passer au médium final, qui est le dermographe ou le pinceau. Cependant quand nous accueillons dans notre atelier, nous aimons dire que nous dessinons sur plein de supports différents que ce soit des feuilles, de la peau ou des murs.
Biographie
Domitille Bertrand est commissaire d’exposition et formatrice. Diplômée de l’ICART en 2010 à Paris, elle défend des artistes à l’aube de leur carrière et d’autres plus avertis. S’intéressant aux arts plastiques et à leur hybridation, elle a eu l’occasion d’organiser plusieurs résidences artistiques, quatre concours internationaux et d’être commissaire d’une quarantaine d’expositions indépendantes à Paris, San Francisco et Dakar. Elle a également collaboré avec des projets autonomes à Genève et Brazzaville. En 2016, elle fonde Develop’on, dont dépendent la D Galerie et D Formations. Depuis 2020, elle est membre active du C-E-A, réalise des entretiens et participe régulièrement à l’écriture de textes critiques, en plus de ses activités de formatrice et de commissaire d’exposition.



