Juliette Dennemont : " ...réaliser une sorte d’archéologie personnelle... "
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Fille de forain, Juliette Dennemont a grandi dans l'effervescence des fêtes foraines, s'imprégnant de cette culture populaire aux codes visuels spécifiques. Cet univers constitue alors le socle de sa formation artistique et l'aérographe initialement utilisé pour rénover et repenser le design des manèges de sa famille, devient son médium de prédilection. Avec Fantasma, elle franchit une nouvelle étape dans sa volonté de mêler art forain et art contemporain...
FANTASMA, 12 La Galerie, du 24 avril au 23 mai 2026
Commissariat : Clément Striano

Tu parles de retables et d'autels votifs pour présenter des objets de fête foraine. C'est une mise en tension assez provocatrice entre le sacré et le populaire...?
Ces éléments de la fête foraine tels que des vieilles cales en bois, des figurines, des bouts de décors sont pour moi comme des ruines, ou des sortes d’artéfacts que je récolte et que je décide d’élever à un autre niveau. Je crois que cette exposition a été pour moi l’occasion de réaliser une sorte d’archéologie personnelle, qui se situe en grande partie dans le monde forain. Je ne sais pas depuis quand je récolte tous ces objets et images, mais ils m’ont toujours paru être précieux, ils sont profondément empreints de nostalgie et de souvenirs, c’est pourquoi j’ai eu besoin de les mettre en forme, les présenter comme des reliques sacrées d’une civilisation perdue, d’une autre époque, d’un autre monde. J’espère que ce travail touchera le spectateur, qu’il pourra y lire des choses qui résonnent en lui, qu’il sera surpris, amusé, étonné … Que cela provoquera de l’émotion, d’une façon ou d’une autre.
Le Jardin des Délices de Bosch comme point de départ, c'est un choix fort. Qu'est-ce qui te touche dans cette œuvre au point de vouloir la transposer dans l'univers forain ?
Le Jardin des Délices de Bosch est une œuvre qui me fascine, par sa technique, son sujet, sa forme, tout. Pour l’époque c’est un tableau délirant, tous ces corps qui foisonnent, ces monstres, ces couleurs ultra criardes, ces structures architecturales folles ! Et le parallèle avec le monde forain m’a paru évident ! Cette œuvre nous montre une scène sans réelle temporalité, ni lieu défini, sur le panneau de gauche on voit le début avec Adam et Eve au paradis avec Dieu, puis au centre l’humanité qui s’adonne à tous les plaisirs, les péchés, on y voit plein de personnages qui fourmillent dans tous les sens avec des animaux, et enfin sur le dernier panneau on comprend que tous ces excès conduisent à l’apocalypse, à l’enfer. Si je mets de côté l'aspect inquisiteur de l’œuvre, cela résonne beaucoup avec la fête foraine. C'est aussi un évènement qui n’a pas de lieu donné, qui apparait et disparait pour un temps donné et qui permet la réalisation de nombreux plaisirs et excès, dans un environnement tout à fait artificiel et kitsch. Evidemment cela résonne également avec notre façon actuelle de « consommer » le monde, mais mon travail ne juge pas, ou ne revendique rien de particulier. Je propose une représentation, et je laisse le spectateur seul juge. A lui de l’interpréter comme il le souhaite.
Pour « FANTASMA » je me suis complètement lâchée, c’est une sorte d'autoportrait...
Tu as choisi de d'intéresser à ce qui reste après la fête : les débris, les traces, le vide. Fantasma c'est une façon de figer cet instant fragile entre l'effervescence et le silence ?
Effectivement, j’ai tenté de capturer cette essence invisible, ce fantôme, de plein de manières différentes , en peignant sur des cales, en faisant des petits bonbons en résine, en reprenant les décors, en sculptant des masques … Je crois que finalement c’est l’ensemble qui fait que ça marche, c’est un tout.
Tu revendiques le kitsch, l'artifice, la farce comme moteurs de ta réflexion, dans un monde de l'art qui a longtemps hiérarchisé les cultures. Comment navigues-tu entre ton identité foraine et le monde des galeries ?
Aujourd’hui c’est devenu beaucoup plus fluide, mais c’est vrai que pendant longtemps je ne savais pas comment concilier ces différents héritages qui constituent mon identité. En pratique, c’est l’aérographe qui fait le lien, il me permet autant de peindre les décors de manège que de peindre des toiles, ou du papier pour des expositions. Et puis je crois que j’ai arrêté de me prendre la tête à trouver ou fabriquer des liens, des explications. Je produis ce qui me vient. Et le lien se fait, c’est logique, ça se tient. D'ailleurs je crois que « FANTASMA » m'a permis de complètement me lâcher : il y a des archives personnelles, des objets collectés, de l’histoire de l’art, des couleurs vives, de la sculpture . Avec cette exposition j'assume une sorte d'autoportrait...
Photos : Nathan Combeaud - Belauror - 2026

FANTASMA
Juliette Dennemont
du 24 avril au 23 mai 2026
> Vernissage le vendredi 24 avril de 18H à 21h
12 La Galerie : 12 rue Sainte-Marie, 97400 Saint-Denis
Tous les samedis de 11h à 18h, le reste de la semaine sur RDV (12lagalerie@constellation.re)









