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" On est dans une sorte de réalité condensée... "

Nathan Lopez Romero collecte éléments, architectures, lumières, végétations et peint patiemment des toiles à l'atmosphère étrangement familière. S'il documente de cette manière son quotidien, dans une sorte de réalité condensée, c'est pour mieux s'en affranchir et pour n'en faire apparaître que l'essentiel : un essentiel qui interroge nos perceptions et nos imaginaires, comme si chacun de ses paysages pouvait aussi être l'un des nôtres...


Reste(s), 12 La Galerie, du 20 février au 28 mars 2026



Photo : Nathan Combeaud - Belauror - 2026
Photo : Nathan Combeaud - Belauror - 2026

Pourquoi ce titre, Reste(s) ?


J’ai choisi ce titre parce qu’il résume assez bien la manière dont mes peintures se construisent.

Reste(s) pose une question simple : qu’est-ce qui reste d’un lieu, d’un moment, d’une image ?

Je remplis beaucoup de carnets de croquis, je prends des photos, souvent sur le vif, au détour d’une route, pendant un voyage, ou même près de chez moi. Mais en réalité, je reviens très rarement à ces documents tels quels. Ce qui demeure, ce sont plutôt des fragments : une forme, une couleur, une lumière, parfois juste une sensation. Ce sont ces éléments que je garde et que je ré-assemble ensuite sur la toile. Le titre évoque donc à la fois ce processus de sélection, presque intuitif, et l’idée que mes peintures sont faites de traces, de résidus d’expériences vécues.


Tu parles d’une “ stratégie de l’effacement ”. Qu’est-ce qui t’intéresse dans le fait que les choses disparaissent ?


Les choses ne disparaissent pas par hasard, je dirais qu’il y a une volonté de ma part que cela arrive. Effacer, c’est une manière de simplifier, d’aller vers l’essentiel. Ce qui m'intéresse c’est de travailler une forme plusieurs fois, je la transforme, je la réduis, jusqu’à en obtenir un ébauche abstraite, jusqu’à ce qu’elle ne dise plus que ce qui me semble nécessaire. On n’est plus dans une description fidèle du réel, mais dans une sorte de réalité condensée. Ce qui m’intéresse, c’est ce moment où l’image devient plus ouverte. Quand elle cesse d’imposer un lieu précis pour laisser davantage de place à la perception et à l’imaginaire.


N’importe quel endroit peut devenir un territoire d’observation : un bord de route, une façade, un arbre, une zone un peu oubliée

Comment as-tu composé ces paysages ? Le point de départ est-il toujours un souvenir conscient ?


Oui, le point de départ est presque toujours un souvenir réel. Mais je ne cherche pas à le reconstituer.

Je fonctionne par accumulation : je collecte des éléments, architectures, végétations, lumières, que j’assemble ensuite de différentes manières sur la toile. De légères variations suffisent parfois à faire naître une autre ambiance, un autre espace.

Ma technique influence aussi cette façon de travailler. J’utilise une solution de peinture très liquide, avec des temps de séchage assez longs. Pendant ce temps, je ne peux pas intervenir sur la toile, alors je travaille sur plusieurs peintures en parallèle. Cela crée des déplacements, des écarts, et explique pourquoi certaines compositions semblent proches sans être identiques. Au final, le souvenir est un point de départ, mais la peinture prend rapidement son autonomie.


Photos : Nathan Combeaud - Belauror - 2026


Ta démarche se situe " à la frontière entre peinture et sculpture ". Comment cette dimension sculpturale intervient-elle dans Reste(s) ?


Même lorsque je peins, je pense beaucoup en termes d’espace. Je construis l’image presque comme un volume : par plans, par superpositions, en essayant de garder un certain équilibre. La dimension sculpturale apparaît dans cette manière de bâtir la peinture, mais aussi dans la façon dont le regard circule à l’intérieur. J’essaie de créer des espaces que l’on ne regarde pas seulement de face, mais que l’on parcourt mentalement.

Et selon les projets, cette réflexion peut aussi sortir du tableau pour prendre la forme d’installation où la peinture  peut venir dialogue directement avec l’espace réel.


Tu parles d’une “ banalité poétique ”. Le fait d’avoir déménagé de Valence à La Réunion a-t-il influencé ton regard ? Peindrais-tu la même chose ailleurs ?


Alors oui et non !

Forcément, changer d’environnement modifie le regard. La lumière, la végétation, les distances, la manière dont les espaces sont habités ; tout cela nourrit mon travail, même parfois de façon inconsciente.

Mais l’exotisme d’un lieu ne m’intéresse pas. C’est plutôt la capacité à regarder attentivement ce qui nous entoure, où que l’on soit. Quand je parle de " banalité poétique ", je pense à cette idée que n’importe quel endroit peut devenir un territoire d’observation : un bord de route, une façade, un arbre, une zone un peu oubliée. Il suffit souvent de ralentir pour que ces espaces apparaissent autrement.

Donc oui, La Réunion influence forcément certaines formes ou certaines couleurs, mais je crois que je peindrais dans le fond la même chose ailleurs, parce que ce que je cherche, ce n’est pas un paysage spectaculaire, c’est un endroit où le regard peut s’attarder et depuis quel endroit ce regard se porte.



Reste(s)

Nathan Lopez Romero

du 20 février au 28 mars 2026



> Vernissage le vendredi 20 février de 18H à 21h


12 La Galerie : 12 rue Sainte-Marie, 97400 Saint-Denis

Tous les samedis de 11h à 18h, le reste de la semaine sur RDV (12lagalerie@constellation.re)



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