Léana Gaspal : peindre l'héritage et l'émancipation
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À l'issue d'un appel à projet organisé avec l'École Supérieure d'Art de La Réunion et La Semeuse, Constellation a accueilli Léana Gaspal pour une résidence de trois mois à L'Atelier. Accompagnée par Clément Striano, directeur artistique du 12 La Galerie, la jeune diplômée de l'École Supérieure d'Art de La Réunion a mis à profit ce temps de recherche et de création pour approfondir sa démarche autour de l'archive, du portrait et de la mémoire. Le résultat de ce travail est à découvrir au 12 La Galerie !
Rès la kaz Kafrine,
12 La Galerie, du 4 septembre au 10 octobre 2026
Commissariat : Clément Striano

« J'ai candidaté à cet appel à projet parce que je connais bien la galerie explique Léana. Plusieurs camarades ont déjà eu la chance d'y exposer, c'est une galerie qui partage mes principes et engagements en tant qu'artiste, qui cherche à faire rayonner les artistes réunionnais surtout. »
Une jeunesse réunionnaise à hauteur d'objectif
Fraîchement diplômée, l'artiste y voit bien-sûr une occasion rare de montrer son travail. D'abord accueillie en résidence, elle a été accompagnée par Clément Striano, directeur artistique de la galerie.
« Au début de sa résidence, nous avons choisi de nous concentrer sur sa sœur Inès, raconte Clément. Léana a alors commencé à photographier son quotidien et celui de ses amies. Ensemble, nous avons ensuite sélectionné les images qui deviendraient le point de départ de ses peintures, avec l'envie de construire un récit autour de cette jeunesse réunionnaise d'aujourd'hui, dans lequel chacun peut se reconnaître. »
« L'idée n'est pas d'illustrer mais de créer des sensations. »

En choisissant de photographier sa sœur et ses amies, Léana affirme une volonté claire : rendre visibles ses origines, son entourage, ceux auxquels elle tient. De cette matière photographique, elle ne cherche pas à s'échapper, mais à la faire résonner autrement. « Je travaille à partir d'archives photographiques que je réinterprète librement, explique-t-elle. L'objectif n'est pas de supprimer ou de dissimuler l'inspiration photographique mais au contraire de la révéler. » Son geste n'est pas descriptif mais sensible : « L'idée n'est pas d'illustrer mais de créer des sensations. » Elle choisit une image pour ce qu'elle provoque en elle, puis cherche à prolonger et enrichir cette émotion en y ajoutant des éléments qui lui « sautent aux yeux » comme une évidence.
Dans un décor de boîte de nuit, elle pose une mok en tôle
C'est précisément là que se noue la tension entre héritage et émancipation qui traverse tout son travail. Dans une scène où des femmes se préparent et se maquillent, dans une ambiance de fête, Léana introduit la présence de symboles religieux comme des garanties rouges, bracelets que les membres de la communauté malbar portent à leur bras pour se protéger. Dans un décor de boîte de nuit, la bière se boit dans une mok en tôle, qui pourrait être celle de sa grand-mère. Parce que, justement, en faisant cohabiter les signes d'un héritage transmis — le religieux, le domestique, le traditionnel — avec les espaces d'une jeunesse qui s'émancipe et se réapproprie la nuit, Léana ne choisit pas un camp : elle rend visible ce qui, chez elle et chez les siens, tient des deux à la fois.
Le rouge, fil conducteur
Une couleur traverse l'ensemble des œuvres : le rouge. « C'est un symbole iconique ici à la Réunion, depuis le sang, jusqu'aux Saint-Expédit, aux garanties rouges, aux marlyépou (colliers de fleurs d’œillets d’Inde). confie Léana. Je le voyais apparaître même discrètement dans les archives, alors j'ai voulu l'utiliser pour créer un lien dans toutes les pièces que j'ai faites pour l'exposition. »
Dans la chanson, au "rès la kaz kafrine" répond le : "Lès amwin alé oté, mwin néna kouraz…". Un dialogue et une exposition qui donnent à voir une jeunesse réunionnaise saisie dans toute sa complexité, entre ce qu'elle a reçu et ce qu'elle invente. Un travail porté par un accompagnement qu'elle décrit comme déterminant : « l’accompagnement de Clément était incroyable, il était très à l’écoute, très attentif à mes besoins et nos discussions sur le plan artistique, humain, politique ont été très nourrissantes ! »

Rès la Kaz Kafrine
Léana Gaspal
du 4 septembre au 10 octobre
> Vernissage le vendredi 4 septembre de 18H à 20h
12 La Galerie :
12 rue Sainte-Marie, 97400 Saint-Denis
Tous les samedis de 11h à 18h, le reste de la semaine sur RDV (12lagalerie@constellation.re)


