Juliette Dennemont : "s'approprier le mythe, lui donner une nouvelle forme..."

Dernière mise à jour : 5 avr.

Le Silence des Sirènes

Exposition au 12 La Galerie

du 2 avril au 21 mai 2022


Juliette Dennemont est une jeune artiste de 27 ans. Elle est née et a grandi à La Réunion. A partir du 2 avril, elle présentera à La Galerie, « Le silence des sirènes » sa toute première exposition personnelle, produite par Constellation.

Mythologies La Kour, Juliette Dennemont, 2021

En 2021, tu as intégré notre collection PRIMO, avec

" Mythologies La Kour." Il y a une forme de continuité avec ce que tu vas proposer en mars ?


Oui, c’est complètement une continuité. En fait, dans la sérigraphie de Mythologies la Kour, il y avait cette idée justement de « mythologie », de collecte et d’archéologie presque et on y retrouve notamment le motif de la sirène.

C'est une figure associée au monde de l'enfance, de la féérie, mais c'est aussi paradoxalement, la créature qui séduit les marins en mer et les égare pour mieux les dévorer !

C’est donc un personnage fantastique qui m’intéresse depuis longtemps, et cette exposition est pour moi l’occasion de développer ce projet. Il y a cette idée de s’approprier le mythe, le retravailler, lui donner une nouvelle forme, et une nouvelle histoire.


Pour cette exposition, j'ai développé, à partir de médiums divers et variés, un univers graphique esthétique et coloré en puisant notamment dans des bestiaires médiévaux, en m'inspirant d'illustrations diverses, ou encore d'objets sculptés... On est aussi sur une sorte de cabinet de curiosités !


Pourquoi ce titre, « le silence des sirènes » ?


Le « Silence des sirènes », c’est en fait le titre d’une courte nouvelle écrite par Kafka. Je faisais des recherches d’étymologie et de documentation sur les sirènes et je suis tombée par hasard sur cette histoire qui m’a fascinée. Kafka se réapproprie le mythe de la rencontre entre Ulysse et les sirènes, et nous le présente sous un nouvel angle : les sirènes célèbres pour leur chant à la fois envoûtant et mortel, sont ici complètement muettes face à Ulysse.

« Or, les Sirènes possèdent une arme plus terrible encore que leur chant, et c’est leur silence. Il est peut-être concevable, quoique cela ne soit pas arrivé, que quelqu’un ait pu échapper à leur chant, mais sûrement pas à leur silence. Au sentiment de les avoir vaincues par sa propre force et à l’orgueil violent qui en résulte, rien de terrestre ne saurait résister. »


Cette nouvelle est très particulière, elle renverse complètement l’histoire, elle est remplie de paradoxes et de mystère. J’aime particulièrement l’idée que leur silence soit bien plus mortifère que leur chant. C’est cette absence, ce manque, ce vide qui renforce encore plus, et même surpasse ce chant auquel on s’attendait. J’aime aussi beaucoup la poésie et l’émotion qui se dégage de ce texte, j’imagine les sirènes muettes et interdites face à cet homme. Que ressentent -elles ? Sont-elles surprises et même déçues face à sa lâcheté (car ici Ulysse se bouche les oreilles avec de la cire contrairement à la version originale) ? Est-il déjà parti ?


Je suis très émue lorsque je pense à ces sirènes, comme si elles étaient profondément conscientes de leur funeste destin… prisonnières aussi bien de leur condition physique, que de leur réputation diabolique.


La sirène c’est aussi une figure que l’on retrouve beaucoup dans l’imaginaire populaire et notamment l’art forain, que tu connais bien. En quoi l’univers de l’art forain influence ton travail ?


En effet l’art et l’univers forain tiennent une grande place dans mon travail, car mon père est forain, et j’ai donc grandi dans les fêtes. C’est un monde très particulier et coloré, l’iconographie foraine est également très codifiée. L’univers forain a donc toujours fait partie de moi, et lorsque j’ai eu la chance de pouvoir apprendre l’aérographie, qui est une technique de peinture qu’on utilise pour la décoration des manèges, cela a été un tournant dans ma pratique. Aujourd’hui j’essaie de mêler l’aérographe à la peinture traditionnelle, de me fabriquer ma propre technique, de trouver un équilibre et j’y prends beaucoup de plaisir.


LE SILENCE DES SIRÈNES,

12 La Galerie

12 rue Sainte-Marie / Saint-Denis de La Réunion

Tous les mercredis et samedis de 11h à 18h


Vernissage le 2 avril de 17h à 20h


Juliette Dennemont développe un univers chimérique entre nature et fantastique.

Originaire de la Réunion, Juliette Dennemont prend le large à ses 18 ans, intégrant les Beaux-Arts de Paris.


L’apprentissage de l’aérographe auprès d’un peintre décorateur forain est alors un déclic. Entre dessin et peinture, Juliette développe sa pratique en repeignant et créant de nouveaux décors avec son aérographe. Au-delà de la technique, elle questionne alors la place de l’Art forain dans le monde de l’Art.


De retour sur l’île, elle s’intéresse au motif végétal, la nature locale, riche et luxuriante, devenant pour elle une source d’inspiration majeure.




 
Le silence des sirènes >>> Galerie